Microsoft franchit une nouvelle étape dans sa stratégie « Software + Services »
A l’occasion de la conférence annuelle SharePoint, Microsoft a annoncé lundi 3 Mars qu’il étendra son offre « Microsoft Online Services » aux entreprises de toutes tailles complétant ainsi une offre qui ne concernait jusqu’ici que les entreprises dépassant les 5 000 sièges.
Contrairement à un certain nombre d’idées reçues, Microsoft dispose bien d’une offre SaaS et déroule depuis plusieurs mois sa stratégie dans ce domaine.
Initialement présentée à ses partenaires en Juillet 2007, l’offre de l’éditeur s’est précisée en septembre de la même année avec l’annonce de « Live » et de « Online », deux offres destinées respectivement aux PME et aux entreprises disposant d’un parc de plus de 5 000 postes telles que Coca-Cola, BlockBuster, Autodesk, Energizer qui sont citées par Microsoft comme utilisant aujourd’hui son offre « Online Services ».
Il restait à compléter cette offre en s’adressant aux entreprises situées entre ces deux extrêmes, ce qui fait l’objet de l’annonce du 3 Mars 2008.
La différence entre ces deux offres, l’une réservée aux entreprises de plus de 5 000 postes et l’autre couvrant le reste du marché, tient à ce que la première s’appuie sur une infrastructure dédiée là où la seconde reposera sur une ferme de serveurs mutualisés.
Portée du service et étendue fonctionnelle
L’offre d’hébergement de services concerne ce que chez Microsoft on appelle la BP pour Business Productivity et que l’on peut traduire par productivité organisationnelle, en opposition à la productivité personnelle qui est le domaine d’Office sur le poste de travail. En pratique, cela concerne les domaines de la collaboration et la communication (email, messagerie instantanée et plus tard la VoIP).
Les produits concernés sont SharePoint, Exchange, Live Meeting et à terme Communications Server.
L’objectif à moyen terme est d’aboutir à une parité fonctionnelle entre une installation « on premise », c’est-à-dire physiquement installée dans l’infrastructure d’une entreprise, et la version hébergée par Microsoft ou l’un de ses partenaires.
Donner le choix au client
D’après Gwenaël Fourre, chef de produit Exchange et Communications Server au sein de Microsoft France, l’objectif visé à travers cette stratégie est de donner à chaque entreprise le choix de l’infrastructure qu’elle souhaite utiliser pour déployer tel ou tel service.
Microsoft annonçait il y a quelques temps que l’ensemble de ses applications serveurs seraient disponibles sous trois modes. Le mode traditionnel, que Microsoft appelle « On Premise », qui consiste à livrer une application qui sera installée par le client dans son infrastructure. Le mode hébergé qui permet d’accéder aux mêmes services soit auprès d’un hébergeur, soit auprès de Microsoft lui-même ce qui constitue l’objet de cette annonce.
Les trois modes pour chaque application serveur
Fourre précise que le service d’hébergement de Microsoft s’accompagne d’un outil permettant de synchroniser l’annuaire Active Directory de l’entreprise avec l’annuaire utilisé par l’éditeur pour la fourniture de ces services.
Il est ainsi possible de déployer en interne une infrastructure de collaboration basée sur SharePoint tout en déléguant la gestion de ses messages au service hébergé et en conservant un annuaire unique entre ces deux modes.
Microsoft précise qu’une entreprise pourrait par exemple choisir de donner accès pour certains utilisateurs, à des applications SharePoint spécifiques installées sur les serveurs de l’entreprise, alors qu’elle orienterait d’autres collaborateurs vers des services « standards » hébergés.
Calendrier de disponibilité
Ce service sera disponible aux Etats-Unis dans le cours du second semestre 2008 tandis que les entreprises européennes pourront y souscrire à partir de l’année prochaine ; ce qui permettra selon Fourre de donner le temps aux partenaires de se préparer et d’apporter une offre complémentaire, par exemple dans le domaine de la connectivité ou du support.
L’objet de l’annonce du lundi 3 Mars est l’ouverture du programme de beta test auquel peuvent s’inscrire les entreprises intéressées en se connectant sur http://www.mosbeta.com
Limitations fonctionnelles et avantages utilisateurs d’un service hébergé
Dans un premier temps, Microsoft précise que certaines fonctionnalités avancées d’Exchange Server 2007 et de SharePoint Server 2007 ne seront pas implémentées dans l’offre « Online ».
L’éditeur cite notamment la messagerie unifiée qui permet d’intégrer dans Outlook ses messages vocaux ou encore de recevoir ses fax. Cette limitation n’a rien de surprenant puisque cette fonctionnalité repose sur la mise en place d’une passerelle entre le serveur Exchange et le PABX de l’entreprise. Il ne sera pas possible non plus, contrairement à une installation classique d’Exchange, de consulter sa boîte aux lettres depuis un téléphone.
Concernant SharePoint, les services Excel ne seront pas disponibles, pas plus que l’accès aux données des applications métiers via le BDC (Business Data Connector.) Là encore, rien de surprenant puisque cette fonctionnalité repose sur l’installation d’un connecteur entre le serveur SharePoint et les données SAP, Siebel, … de l’entreprise, connecteur qu’il sera difficile de configurer si le serveur SharePoint est hébergé hors les murs de la société.
Cette architecture ne présente pourtant pas que des limitations puisque l’utilisateur pourra de façon transparente accéder à ses données quel que soit son emplacement physique : dans les murs de l’entreprise, comme à domicile ou en déplacement. Pour l’entreprise, cela signifie moins de contraintes pour donner à ses collaborateurs un accès universel à ces services.
Risques de conflits avec le réseau
En étendant son offre « Online » à virtuellement toute entreprise, Microsoft risque de se mettre à dos une partie grandissante de son réseau. Non seulement en se mettant à dos ses partenaires traditionnels qui génèrent une partie significative de leurs revenus en services d’installation, de paramétrage et de support mais également les hébergeurs qui pensaient pouvoir tirer leur épingle du jeu. Même si Microsoft précise qu’avec cette annonce il ne commercialisera toujours pas en direct son offre, les opportunités complémentaires de services pour le réseau des partenaires seront considérablement limitées.
Impact sur le modèle de Licencing
Le modèle de licencing de Microsoft, pourtant déjà complexe, vient de s’enrichir d’un nouvel objet avec l’arrivée de l’USL (User Subscription Licence).
Cette nouvelle licence prend la forme d’un abonnement qui sera facturé par utilisateur et par mois. Il ne s’agit donc pas d’une licence perpétuelle. A noter que la souscription à un USL ne comporte pas de composante serveur, contrairement au modèle « licence serveur et CAL » (client access licence) qui prévalait jusqu’ici.
Contrairement au modèle de licencing en vigueur pour les applications déployées au sein de l’entreprise, l’abonnement USL est lié à un service (par ex. la collaboration) et non pas à une version de serveur donnée. Il n’y aura donc pas de mise à jour, pour une souscription USL, d’une version de service de messagerie basée sur Exchange Server 2007 vers une version ultérieure.
Ce mode de licencing devrait être à priori plus simple à comprendre pour les entreprises tout en se prêtant mieux à une budgétisation sur une période étendue.
Malgré tout, il est difficile de dire si ce nouveau mode de pricing se révèlera plus intéressant étant donné que les modalités tarifaires ne seront annoncées que lors de la disponibilité commerciale du service.
On trouvera un USL pour chaque service (messagerie, collaboration, live meeting) ainsi qu’une offre combinant l’ensemble des services.
Des data centers européens pour le vieux continent
Gwenaël Fourre indique que les clients européens seront servis par des data centers européens tels que ceux existants déjà au Royaume-Uni, aux Pays-Bas ainsi que d’autres centres à venir. A ce sujet, M. Fourre précise que Microsoft est la première entreprise en termes d’investissement dans ce type d’équipement, devant Google donc.
SLA relatif à la disponibilité des services
Microsoft s’engage à une disponibilité de ses services à 99.9 % et prévoit une compensation financière en cas de manquement à ces engagements.
Les data centers sont conçus pour être redondants, offrant des services de géo-clustering pouvant faire face à toute éventualité.
Les bénéfices pour les entreprises
Avec cette offre « Online », Microsoft rejoint le camp des fournisseurs du SaaS et met donc logiquement en avant les arguments traditionnels que sont la facilité de déploiement, la mise à jour en continu des services, les économies sur l’administration et le monitoring, …
L’interface d’administration de « Online Services » repose sur une interface web à travers laquelle l’administrateur pourra ajouter des utilisateurs, choisir les services voulus, configurer chaque service (par exemple la taille d’une boite aux lettres).
Les avantages pour Microsoft
La mise en place graduelle d’une infrastructure SaaS permet à Microsoft de prolonger dans ce mode « hébergé », une stratégie de souscription déjà engagée depuis quelques années.
A travers la Software Assurance, Microsoft pousse ses clients à budgéter l’arrivée de nouvelles versions en leur vendant un droit de mise à jour qui prend la forme d’une souscription. Celle-ci vient d’ajouter au coût de licence initial et est lissée sur trois ans. Microsoft en dérive un flux de trésorerie étalé dans le temps, plus facilement prévisible et qui détourne le client de la tentation de sauter une version lors de la mise à jour de ses systèmes.
Le modèle de souscription lié à cette offre « online » prolonge et renforce encore cette direction.
Dans une interview donnée la semaine dernière à CNET.com, Steve Ballmer expliquait qu’il considérait que Microsoft avait vraisemblablement plus à gagner qu’à perdre en basculant une partie de ses revenus dans une offre hébergée. « Si nous pouvons aider nos clients à éviter une partie du coût et de la complexité qu’ils ont à supporter aujourd’hui tout en continuant à leur apporter l’ensemble des services dont ils bénéficient, il devrait en résulter une situation où nous pouvons en dériver un tout petit peu plus de revenus et nos clients en tirer beaucoup plus d’avantages ».
Chris Caposella, un des dirigeants de la division IW en charge de SharePoint et d’Exchange, prédit qu’à cinq ans, la moitié des clients de Microsoft utiliseront une version hébergée d’Exchange, ce qui représente effectivement une rupture majeure.
Le choc à venir Google Microsoft
Certains s’interrogent sur le timing de cette annonce qui intervient une semaine après l’entrée de Google sur le marché des services de collaboration aux entreprises.
Google annonçait il y a quelques jours Google Sites, un nouveau service intégré à Google Apps et qui autorise la mise en place d’une infrastructure de collaboration hébergée par ses soins.
Fonctionnellement beaucoup moins riche que SharePoint, Google Sites présente l’avantage indéniable d’être gratuit.
Google a-t-il voulu préempter l’annonce de Microsoft ou l’éditeur réagit-il à l’annonce de Google ?
Difficile de trancher mais quoi qu’il en soit, ces deux géants poursuivent leurs trajectoires respectives qui préparent un affrontement frontal dont l’échéance se rapproche un peu plus chaque jour.
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